Le Berry Républicain

Jérôme Baicry, le kiné du CJM Bourges basket, vient de faire breveter un appareil de rééducation pour les entorses de la cheville qui sera bientôt indispensable à tout sportif professionnel et tout aussi utilisable par le grand public. Explications sur le Propriofoot.

Jérôme Baicry, l'omniprésent kiné du CJM Bourges basket, est un homme très occupé. Entre les soins quotidiens au Tango lors des entrainements et les jours de match, les déplacements, la rééducation du genou Vredrana Grgin, puis bientôt celui d'Alicia Poto (1) il n'y a pas de quoi chômer. Une chose est sûre : les joueuses apprécient. Elles se sentent en confiance, rassurées entre les mains de -leur- kiné, qui est aussi présent en équipe de France féminine de basket.
Mais Jérôme ne se contente pas du quotidien. Le garçon veut toujours aller plus loin, avec l'ambition d'approcher la perfection dans la connaisance de son métier. Car, on ne le sait peut être pas assez, la recherche, c'est aussi son truc à Jérome.

Vous avez dit proprioception ?

" Quand j'étais à Paris, je faisais parti d'une association de recherche en traumatologie du sport. Un soir, comme ça, avec des confrères, on s'est mis à discuter sur la proprioception..." Sur quoi ? "Oui, la proprioception (rires). C'est ce qui permet à une articulation de conserver sa stabilité naturelle. Par exemple, quand tu marches dans la rue et que tu mets le pied dans un trou de manière impromptue, tu ne te fais pas forcément une entorse ; c'est parce que le pied à bien réagi. Une articulation a la faculté de faire face à des cirsconstances imprévisibles. Comme si ce système était régi par des petits capteurs. Quand il y a, malgré tout, entorse, c'est que ceux-ci ne fonctionnent plus. C'est là qu'intervient notre travail. On procède alors à un renforcement de la cheville, de façon classique, par la musculation, mais aussi à base de mises en déséquilibre plus ou moins contrôlé. Pour que le pied retrouve sa mémoire, qu'il se réhabitue à réagir à nouveau à toutes les situations."

La méthode est déjà connue dans le cas de la rééducation d'un genou, comme l'expérimente actuellement l'infortunée Vredrana Grgin. L'internationale croate réapprend ainsi chaque jour à contrôler sa jambe sur de grands plots plus ou moins stables. Mais on ne rééduque pas forcément une cheville de la même manière qu'un genou. "Plus je réfléchissais là dessus et plus je trouvais que le matériel proposé pour rééduquer une cheville n'était pas adapté. D'abord parce que ces grands plots étaient trop encombrants ; ensuite parce qu'ils sollicitaient beaucoup le genou, ce qui est quand même dommage quand l'objectif est de soigner une cheville."

Jérôme, tel Géo Trouvetout, s'est donc enfermé dans sa bulle pour réfléchir au problème. Il fallait trouver quelque chose de plus efficace, de plus petit, de plus facilement transportable. " Je travaillais déjà avec le CJMBB", se rappelle Jérome. "Sébastien Nivet (le coach des espoirs, NDLR) se plaignait que ses joueuses avaient des entorses à répétition. C'est là que je me suis vraiment penché sur le problème. J'ai alors réalisé un premier prototype que j'ai présenté à un copain (Loïc Paris, le kiné de l'équipe de foot de Bastia, NDLR). Ensemble, on l'a légèrement modifié et amélioré et c'est devenu le Propriofoot."

    Fallait y penser. Et le réaliser. Aujourd'hui les quatre petites plaquettes de bois (ou de résine) qui constitue le Propriofoot font parti de l'arsenal du kiné Tango au quotidien.

    Breveté et déposé

" Tout de suite, on a été très content, Loïc et moi, des résultats obtenus. On a commencé à l'utiliser (le Propriofoot) en cabinet mais ça nous semblait restrictif. On avait envie de promouvoir cet appareil mais on en savait pas trop comment si prendre. On a d'abord déposé un brevet ce qui nous a couté beaucoup d'argent (environ 40.000 frs, NDLR), d'énergie et de temps en raison des démarches à effectuer parallèlement, on a réalisé des prototypes, de manière complétement artisanale, que le CJMBB a été un des tout premiers à utiliser en tant que client avec Alicia Poto qui se faisait des entorse à répétition ; avec aussi Yacine Sène qui s'était blessée en Turquie. Mais tout ça c'était un peu du bricolage....."

Jusqu'à ce que les deux kinés se mettent à communiquer vraiment sur leur trouvaille. Dans la presse spécialisée, lors d'émissions de radio ou auprès des clubs et des sportifs de haut niveau. "Tout ça c'était il y a deux ans", poursuit Jérome. "On en avait vendu quelques uns, avec des notes explicatives, notamment à des joueuses de basket mais on voulait vraiment passer à la vitesse supérieure, persuadé que nous étions que c'était quelque chose de très bien pour la rééducation."

Et les choses se sont alors précipitées lorsque, quelques semaines après son arrivée à Bourges, Jérôme Baicry rencontra Jacques Mizrahi de la société Z3T. Monsieur Mizrahi travaille au CRIT (Centre de Recherche et d'Innovation Technologique) de Vierzon. Il a tout de suite été séduit par le Propriofoot et a présenté le projet à l'ANVAR à Orléans qui accepta d'en financer le développement à 75 %. Le Propriofoot était mis sur orbite...

"Grace à Monsieur Mizrahi et à l'ANVAR, on peut maintenant industrialiser le Propriofoot et le commercialiser à plus grande échelle", se réjouit Jérôme.

Dans sa version définitive, le Propriofoot est constitué de quatre petites pièces de résine qui permettent un grand nombre de combinaisons pour la rééducation. Quatre pièces qu'il est facile de reproduire à la demande à partir d'un moule. Pour ce qui est de la commercialisation, outre des distributeurs spécialisés, les clubs et les sportifs peuvent commandre en se connectant sur Internet sur le site "www.propriofoot.com". Le prix ? 79,50 euros. Mais il existe un tarif très préférentiel pour les sportifs. " Au départ, ce matériel de rééducation s'adressait aux kinés. Puis avec l'expérience de Bourges, je me suis aperçu que le Propriofoot était facile d'utilisation et aisément transportable. Il suffisait alors de mettre une notice explicative simple pour que les gens puissent s'auto rééduquer. Trop souvent, en effet, les sportifs reprennent la compétition trop tôt, négligeant cette phase pourtant essentielle pour une rééducation complète, qu'est la consolidation définitive. Là, même après avoir repris l'entraînement et la compétition, avec le Propriofoot, ils peuvent continuer à travailler à l'hôtel, à la maison; tranquillement quoi. C'est vraiment la solution, notamment dans le sport professionnel. Mais cela s'adressse tout aussi bien aux gens qui font du sport à haute dose même en tant d'amateurs, et qui n'ont pas forcément de structures adaptées chez eux, dans leur club, ou ni le temps ni les moyens de s'adresser à un kiné. Je suis persuadé qu'ils vont être friands de ce produit. Cela dit, ça ne remplace pas la thérapie de base mais je pense que les kinés pourront également l'utiliser et peut-être même, je l'espère, le distribuer eux mêmes."
    Au CJM Bourges basket, plusieurs joueuses utilisent déjà le Propriofoot. D'autres aussi de l'extérieur comme Audrey Sauret ou Sandra Le Dréan. Les basketeuses de Pau-Orthez, les footballeurs ont également découvert.... et adopter le produit. Bref !, le Propriofoot, c'est le pied !
     
Christian Ragot
     

    (1) la meneuse de jeu australienne du CJMBB a passé une IRM lundi dernier et la technologie a malheureusement confirmé le diagnostic initial : rupture des ligaments croisés... et saison terminée. Alicia serait opérée prochainement par le Dr Vial à Guillaume-de-Varye.