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REEDUCATION DE LA CHEVILLE ET DU PIED : DU NOUVEAU DANS LA PROPRIOCEPTION

J. Baicry, kinésithérapeute de l'équipe de Bourges et de l'équipe de France de basket-ball - 6, rue du Pré-Doulet - 18000 Bourges.

L. Paris, kinésithérapeute du Centre de Formation du SC Bastia (football) - Stade Armand Cesari - 20610 Furiani.

L'ARTSS ou l'Association pour la Recherche en Traumatologie et Suivi Sportif (plateau médico-technique du Val d'Oise pour le suivi des sportifs de haut niveau) vous avait proposé toute une année de réflection sur la réadaptation sur le terrain, phase essentielle et trop souvent négligée.

Du fait du nombre important des entorses de cheville (6 000 cas par jour), aussi bien pour le sportif de loisir que le professionnel, il est apparu important de réfléchir sur un nouveau protocole de renforcement neuro-musculaire. Les récidives sont trop fréquentes et nos sportifs "glissent" de plus en plus facilement vers l'instabilité chronique de cheville. Le concept "Propriofoot" élaboré par Jérôme Baicry et Loïc Paris doit permettre au sportif de l'accompagner dans toutes les phases de rééducation et de reprise sur le terrain. Il devra être testé plus largement pour parfaire les différents protocoles.

Dr Ph. Chaduteau

La rééducation proprioceptive doit prendre en considération :

  • l'aspect qualitatif ;
  • l'aspect quantitatif qui touche plus particulièrement le sportif professionnel.

     

    En effet, chez ce dernier, les conséquences économico-sportives de son arrêt vont nécessiter une compression maximale de son indisponibilité au profit d'un réentraînement le plus précoce possible. De ce fait, la rééducation proprioceptive, si elle est bien exécutée dans un premier temps, se retrouve dans un deuxième temps incluse dans l'activité sportive et auto gérée avec plus ou moins de réussite et de sérieux. Car, une fois que l'athlète est réintégré dans son équipe, la compétition reprend souvent ses droits et redevient parfois prioritaire au détriment de la rééducation.

    En ce qui concerne le travail proprioceptif proprement dit, nous ne reviendrons pas sur l'aspect anatomo-physiologique de la reprogrammation neuro-motrice ni sur son efficacité. En revanche, nous pensons que la richesse du pied en récepteurs sensibles aux étirements, en baro-récepteurs, ainsi que sa complexité arthrologique nécessitent un appareillage plus adapté que les outils proposés aujourd'hui.

Dans la phase de déstabilisation unipodale, les différents supports habituellement utilisés sur lesquels les sportifs sont placés, offrent une balistique angulaire telle que la participation du genou devient prédominante dans la stabilité du patient. De la même manière, l'oreille interne et le système cérébelleux relayent les récepteurs proprioceptifs et diminuent d'autant l'efficacité de la rééducation. De plus, la taille des plans instables proposés ne permettent pas de dissocier, de façon sélective, le travail de l'avant-pied par rapport à l'arrière-pied ou inversement. Ils n'autorisent pas non plus la possibilité, pour le sportif professionnel, de travailler en auto-rééducation dans les meilleures conditions et donc de combler le vide quantitatif énoncé plus haut.

C'est dans cet esprit et pour combler les différents manques exprimés précedemment que nous préconisons l'utilisation des Propriofoot lors de la rééducation neuro-motrice de la cheville et du pied.

Les Propriofoot sont quatre plaquettes de 10 cm de côté, différentiables par leurs couleurs et leurs supports (photo 1).

  • La plaquette verte comporte deux demi cylindres disposés parallèlement sur la longueur des deux côtés, lui assurant une stabilité parfaite.
  • Les plaquettes jaune et bleue sont identiques et possèdent deux demi cylindres alignés situés en leur milieu, permettant une stabilité dans un seul plan de l'espace.
  • La plaquette rouge présente une demi sphère fixée en son centre permettant une instabilité dans tous les plans.

     

    Utilisées par paire, leurs multiples combinaisons vont permettre de travailler, de façon beaucoup plus précise et sélective, la rééducation neuro-motrice de la cheville et du pied, tout en respectant une progression très régulière lorsque l'appui unipodal est possible.

    Tous les exercices se réaliseront sur le même principe : le sportif devra rester en équilibre sur son pied lésé, placé sur deux plaquettes choisies par le thérapeute.

    Voici quelques exemples de combinaisons réalisables de la plus simple à la plus complexe dans la cas d'une atteinte des ligaments externes de l'articulation tibio-tarsienne :

  • Premier exercice : la plaquette verte est placée sous l'avant-pied. La jaune (ou la bleue) est placée sous l'arrière pied ; l'axe des demi cylindres dans le sens longitudinal. Cette situation permet de recruter les muscles stabilisateurs de la cheville sans trop de contraintes au niveau des ligaments latéraux, l'avant-pied étant stabilisé (photo 2). En progression, on pourra remplacer la plaquette jaune (ou bleue) par la rouge.
  • Deuxième exercice : c'est la configuration inverse de l'exercice 1 : la plaquette verte est sous l'arrière pied et la plaquette jaune (ou bleue) sous l'avant pied. Celui-ci est donc libre de se mobiliser en éversion/inversion par rapport à l'arrière pied qui est stable. Le renforcement des muscles péri-malléolaires et notamment des péroniers latéraux est alors très efficace.
  • De même que précedemment, on remplacera progressivement la plaquette jaune (ou bleue) par la rouge.

  • Troisième exercice : la plaquette verte est placée sous l'avant-pied, les demi cylindres dans l'axe antéro-postérieur. La bleue est sous l'arrière pied, dans le sens de la diagonale (photo 3). Cette dernière situation introduit une stabilité minime de l'arrière pied, car l'axe de la plaquette bleue se trouve à 45° par rapport à l'axe longitudinal et à 45° par rapport à l'axe transversal. Là encore, nous remplacerons plus tard, et pour plus de difficultés, la plaquette jaune par la rouge.
  • Quatrième exercice : les deux plaquettes jaune et bleue sont placées avec les demi cylindres dans l'axe longitudinal du pied, créant des contraintes d'inversion/éversion sur l'ensemble de celui-ci. La rouge pourra être placée sous l'arrière pied puis sous l'avant-pied, provoquant ainsi la situation d'instabilité la plus délicate.

Les exercices décrits ici ne sont qu'un exemple d'enchaînements parmi tant d'autres. Le praticien pourra bien évidemment les adapter en fonction de la pathologie et des aptitudes de son patient.

Lorsque les Propriofoot seront utilisés en auto-rééducation, nous pourrons proposer à l'athlète quatre étapes qu'il devra réaliser successivement avant de passer à un exercice plus difficile :

  • équilibre unipodal, bras écartés ;
  • équilibre unipodal, bras croisés ;
  • équilibre unipodal, bras écartés, yeux fermés ;
  • équilibre unipodal, bras croisés, yeux fermés (photo 4)

     

    La reprogrammation neuro-motrice de la cheville et du pied est sans nul doute l'une des armes essentielles pour lutter contre l'instabilité chronique de la cheville. Nous pensons qu'elle doit faire l'objet d'une stratégie spécifique, notamment lors de sa phase unipodale, grâce à l'utilisation d'outils plus adaptés.

    D'autre part, il est à notre avis indispensable d'insister sur le fait que la proprioception doit être poursuivie le temps nécessaire lorsque l'athlète réintègre son équipe ou son groupe d'entraînement. Car c'est pendant cette période où la cheville n'est pas encore à 100% qu'elle est vulnérable. Les risques de récidive sont alors réels et peuvent engendrer des complications qui au bout du compte augmenteront la durée d'insdisponibilité du sportif. L'auto-rééducation peut être, dans cette phase, un compromis très acceptable permettant à l'athlète de continuer seul la proprioception tout en diminuant les dangers d'une rechute.

    Pour toute information complémentaire, contactez le site Internet : www.propriofoot.com.

    Bibliographie

    1. Basket-ball, N° 621, juin 1997 : J. Huguet : Les blessures en basket-ball

    2. Kiné Scientifique, n° 283, octobre 1989 : P. Dessoutter : Rééducation proprioceptive au quotidien. N° 334, mai 1994 - S. Hottigni, D. Hopper : Entorse chronique de la cheville : faiblesse péronière chez les basketteuses.

    3. Sport'Med, n° 101, avril 1998 - Ph. Chaduteau : La cheville. N° 106, novembre 1998 : J.-M Coudreuse, A. Boussugues, J. Duby, C. Brunet : L'entorse du ligament latéral externe de la cheville. N° 124, septembre 2000 : P.Middleton, P. Puig, L. Savalli, P. Trouvé : Rééducation proprioceptive... ET si Freeman avait tout faux.

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